Marcher dans la beauté

07 septembre 2008

Mes découvertes

Tout à l'heure chez mon libraire, j'ai découvert trois auteurs, et trois livres :

  • Rachel Cusk, avec Arlington Park que j'ai pris parce que l'aliénation domestique et conjugale m'intrigue
  • Pierre Jourde avec Pays perdu, parce que c'est l'histoire de deux citadins qui reviennent sur les lieux de leur enfance
  • Valentine Goby avec L'échappée que j'ai pris pour deux mots clés :identité et liberté

Trois livres très différents d'auteurs nés respectivement en 1967, 1955 et 1974 ! A suivre...

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11 août 2008

Au nom du père et du fils, Francine Ouellette, 2004 (Québec)

A la fin du 19e siècle, Européens francophones et anglophones "envahissent" le Canada et remontent toujours plus au Nord, des deux côtés du Saint Laurent, chassant de fait les nomades Amérindiens qui vivaient là. Ils défrichent, coupent leurs arbres, détruisent leur habitat, et pour nombre d'entre eux les méprisent profondément comme un peuple de sauvages qui ne valent pas plus que les animaux qu'ils mangent.

Francine Ouellette raconte cette colonisation barbare, violente, raciste, inhumaine dans ce roman à travers la vie de quelques Amérindiens (Gros Ours, sa fille Biche pensive, son petit fils Small Bear) et des habitants d'un village qui se construit progressivement. Les premiers arrivés sont deux enfants terrifiés de 16 et 12 ans que leur père laisse là une longue année, en 1884, le temps de revenir. L'ancien curé, puis Alcide Plamodon jeune vicaire qui rêve de régner sur le village, les religieuses, Alexis Léonard, Honoré Villeneuve, Noé Touchette, Ernest Thibodeau et leurs familles. Puis vient le médecin Philippe, qui ose soigner les sauvages, puis d'autres colons encore, et notamment Napoloéon Gadouas, une brute sans nom, et dans la forêt le féroce carcajou.

Dans ce huit clos, les colons vont essayer de survivre aux rigueurs du climat, aux assauts des maringouins, terribles moustiques locaux, aux tempêtes intérieures, aux injonctions du curé qui détruira de nombreuses vies au sens propre comme au sens figuré, à la bêtise humaine. C'est suffoquant de violence, de bêtise et de suffisance. Si peu d'humanité du côté des colons, si peu de curiosité, tant de préjugés, d'a priori, de courte vue, d'intolérance. C'est un étau infernal pour les Amérindiens qui n'ont aucune chance, eux les nomades, contre un peuple d'agriculteurs à l'esprit aussi étroit. Et ceux des colons qui sont plus ouverts, compréhensifs, et humbles face à la forêt et ses peuples, sont mis à l'écart du village, et basculent de fait eux aussi du côté des sauvages.

Au delà du côté fresque historique tout à fait intéressante, et des éclairages culturels sur la vie de quelques Amérindiens, c'est un roman tout à fait poignant qui s'étend sur presque trois générations. Un de ces romans commencé en fin de matinée près de la cheminée et lâché seulement dans la nuit, 814 pages plus loin, les yeux épuisés des larmes versées et de la fatigue de lire.

J'aime beaucoup sa manière de dépeindre les personnages de l'intérieur qui en dit assez pour donner de la texture et pas trop pour que chacun avec son imaginaire puisse construire les personnages, les laisser résonner avec d'autres vivants connus. Passées les premières pages où des expressions québecoises peuvent un peu dérouter la lecture, c'est un roman qui se dévore, le coeur souvent serré.

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27 juin 2008

Ma PAL pour les vacances

Ce que j'aime quand les vacances se rapprochent, c'est de décider des livres qui vont attendre un peu pour venir se glisser dans la valise de ceux que je lis tout de suite.
Pour cet été 2008, voici pour l'instant la liste :

  • Michael Collins, les profanateurs (Irlande/USA)
  • Carl Hiaasen, Queue de poisson (Floride)
  • Michel Noel, Nipishish (Québec) - lu !
  • Pierre Clastres, Archéologie de la violence (France)
  • Arnaldur Indridason, La voix (Islande) - lu !
  • Jo Nesbo, Les cafards (Norvège)- lu !
  • Jean-Pierre Le Goff, les illusions du management (France)
  • Francine Ouellette, Au nom du père et du fils (Québec) - lu !
  • John Brunner, Le troupeau aveugle (USA) - lu !
  • John Brunner, Sur l'onde de choc  (USA)- lu !
  • à suivre...

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29 mai 2008

@690

   

J’étais crevée. La journée avait été rude, j’étais restée beaucoup trop tard. De multiples incidents à régler. Des personnes fâchées à réconcilier. Arrivée en bas de mon immeuble, j’ai ouvert mécaniquement ma boite à lettres. J’étais surprise, elle abritait une lettre, enfin plutôt un rouleau couleur parchemin. Du papier, cela devenait rare ; même les prospectus publicitaires avaient changé de forme. Tout ou presque désormais arrivait par l’Internet ou sous forme de mini message sur téléphone portable. Dans les nouveaux immeubles, les boites à lettres tenaient plus du tiroir à crayons que des vieilles boites dodues d’antan. Pour le plus grand bonheur des décorateurs intérieurs qui rivalisent de fantaisie pour dessiner ces blocs de tiroirs urbains. Nous avons libéré les arbres de leur servitude publicitaire mais pas les nouvelles technologies... La fracture numérique croit tranquillement. Cela m’énervait tellement de défiler 10 mini messages inutiles pour un utile que j’avais fini par souscrire un abonnement « orange » sans pub. La différence était appréciable. J’ai pris le rouleau précautionneusement, il était assez léger. Cela ressemblait à des feuilles de papier roulées ensemble. Un inconditionnel de l’écrit, du tangible et du beau. L’écriture ne me disait rien, la lettre provenait du Costa Rica. Je ne connaissais personne là-bas et personne qui soit un inconditionnel de l’écrit et du beau. J’ai glissé le rouleau dans mon sac et je suis rentrée chez moi.

J’avais déménagé depuis quelques mois pour cet appartement très lumineux avec un bout de terrasse qui donnait sur le parc de Pali Kao. Les soirs de temps doux, fenêtres ouvertes, une savoureuse odeur de shit s’élevait de la rue. La porte d’entrée ouvrait directement sur la pièce principale peinte en sorbet noix de coco ; le sol en bois était peint en vert amande très, très doux. Face à la porte, ma fille et moi avions bricolé un paravent pour couper le flux d’énergie. Vert et rose, avec un perroquet multicolore peint au pochoir. Il apportait une note colorée et résolument jardinière, rappel des plantes qui savouraient la pollution parisienne sur la terrasse. J’ai accroché ma veste en simili cuir à l’autre perroquet et j’ai ouvert grand la porte-fenêtre pour humer les effluves de géranium qui montaient dès que le soleil tapait un peu. J’avais lu quelque part que le géranium était un antidépresseur alors j’avais installé illico toute une petite famille dans les dégradés de rose.

La lumière de mon répondeur clignotait comme des feux de détresse, celle de ma boite électronique était plus sage. Je n’avais qu’un message. Il attendrait cette nuit. J’ai sorti la lettre de mon sac, je l’ai posée sur le répondeur et je suis partie dans la salle de bains. J’avais envie d’une douche bouillante pour finir de me débrancher la tête. L’ancien propriétaire m’avait fait cadeau d’une douche originale multi-jets. Avant de l’essayer, je trouvais que c’était un gadget coûteux et inutile. J’ai vite changé d’avis sous les bienfaits de ce massage aqueux « piquant ». Une vraie bénédiction pour chasser la grisaille.

J’ai enfilé une jupe kaki et un T-shirt parme. Je me sentais toute neuve, prête à un paisible tête-à-tête avec moi-même. Je me suis servie un grand verre de jus d’oranges sanguines avec un trait de rhum, une rondelle de citron vert, une guirlande de glaçons et je me suis installée sur mon canapé au ton framboise, la lettre à la main.

J’avais raison, c’étaient bien des feuilles roulées. De la pub pour un hôtel de luxe à l’autre bout du monde. J’étais bien étonnée. Pas un mot manuscrit, pas un mot d’explication. Rien, seulement deux pages de pub et une carte de visite générique d’hôtel avec téléphone, fax et adresse Internet. L’endroit était tout à fait magnifique et sans doute tout à fait hors de prix. Je regrettais de ne pas avoir de riche tonton abolitionniste d’Amérique. Les gîtes ruraux que je fréquentais étaient certes splendides mais ne rivalisaient en rien avec l’hôtel Anaconda. Ils avaient en commun d’être au bout du monde c’est tout. J’ai posé le rouleau, bu une gorgée et j’ai appuyé sur le témoin du répondeur. Les surprises allaient-elles continuer ? Cela commençait par dix messages muets. Pourquoi diable ces gens ne raccrochaient-ils pas avant le bip ? Suivait Maria qui me proposait d’aller voir une rediffusion de Seven au ciné. Très peu pour moi. Ou de se retrouver à la rhumerie. Cela me convenait déjà beaucoup mieux. Puis Albert qui me demandait avec son accent canadien inimitable de le rappeler à propos de l’exposition. Cela ne pressait vraiment pas, elle devait se dérouler dans trois mois. Puis une nouvelle série d’appels muets. Cela ne me plaisait pas beaucoup. Puis un appel au secours d’un ami dépressif, que je rappelais aussitôt, dont la ligne était occupée, qui donc avait trouvé un autre soutien que moi. Je me dis quand même que je le rappellerai plus tard dans la soirée. Je repris ma consultation. J’adorais tomber sur des « salut, c’est moi, rappelle-moi » qui étaient tellement peu intelligibles et tellement rapides que j’échouais souvent à en trouver l’auteur. C’était chaque fois un nouveau défi. Le dernier message était en anglais, son contenu étonnant :

bonjour Mademoiselle Rakwet, je m’appelle Prajadâ. Je viens de Jodhpur en Inde. J’étudie les singes sacrés et je voudrais vous rencontrer. Rappelez-moi au 06 05 04 03. Merci.

Il avait un numéro simplissime à retenir mais je ne voyais pas du tout le lien entre les singes sacrés et moi en particulier. Je me souvenais avoir vu un reportage en juillet sur Planète qui m’avait beaucoup impressionné, mais que je sache quand je regarde une émission sur le câble, je ne laisse pas encore de coockie ! Comment avait-il eu mes coordonnées ? Cela m’intriguait. Il avait beau être neuf heures du soir, je rappelais le ouistiti oriental et tombais sur sa boite vocale en anglais. Je raccrochais sans laisser de message. J’appelais Maria sur son portable. Elle devait déjà être devant Seven à jouer à se faire terriblement peur. Je lui ai laissé un message pour la prévenir que j’allais au café L’Escaut. J’avais rangé mentalement le parchemin, les messages muets et le charmeur de singe/serpent dans le même panier de crabes. Je ne comprenais pas et cela ne me plaisait guère. J’ai fini mon verre d’un trait, j’ai ouvert mon réfrigérateur pour constater sa totale vacuité, j’ai attrapé ma veste et je suis redescendu prendre le métro. Rue Piat, les dealers dealaient, les SDF picolaient bruyamment, le métro sentait le placard ultra renfermé ; finalement le monde tournait encore rond.

Le café L’Escaut était déjà pas mal rempli. Je suis montée d’une traite au 1er étage retrouver les joueurs de Go. Au milieu des nouvelles têtes je reconnus Jean-Louis. C’était la crème des hommes. C’est lui qui m’avait patiemment appris à jouer. Tous les lundis soirs il continuait à enseigner à qui voulait les bases de ce jeu puissant. Je ne l’avais jamais vu s’énerver ou avoir un mot plus haut que l’autre ou porter une évaluation négative sur qui que ce soit. Il m’adressa un sourire chaleureux qui contrastait avec la surprise de ses yeux. Je n’étais pas venue depuis plusieurs mois. L’ambiance feutrée et concentrée - souvent enfumée - qui régnait dans cet étage avait fini par me peser, mais ce soir, c’est bien elle que je venais cherchais. J’avais besoin de la concentration de mes semblables pour dissoudre mon trouble naissant, sans compter que j’avais envie de faire une partie. Jean-Louis m’indiqua de l’index la grande table libre sous la lampe de billard, avant poste de la salle de billard proprement dite.

Installe-toi, j’arrive. Tu prends une mousse comme d’habitude ?

Oui, une murphy et une assiette de rosette s’il te plaît.

Avant d’aller m’asseoir, j’attrapais un go-bahn d’entraînement à 9 lignes et deux bols de pierre. J’adorais le toucher des pierres lisses et leur crissement, comme un écho au crissement du sable dans le désert. C’était sensuel, c’était simple, c’était bon. Jean-Louis navigua entre les tables et vint s’asseoir près de moi. Son sourire s’agrandit quand il vit le go-bahn.

Tu veux reprendre les bases, tu as tout oublié ?

Oui, j’ai envie de faire des gammes mais je n’ai pas tout oublié. Quand même pas avec un si bon prof ! Je serai une élève indigne sinon.

Faisons plutôt une partie, cela permet de revoir plus de sujets.

Aussitôt dit, aussitôt fait. Pas d’autres questions, c’était l’avantage de Jean-Louis. Je savais intuitivement qu’il me prenait pour qui j’étais, sans illusion mais sans aucune indiscrétion, jamais. Il ne m’avait concédé que 4 pierres d’avance. La mise en garde suffisante. Je savais qu’il ne chercherait pas à me piéger mais qu’il ne me ferait pas de cadeau non plus. Nous avons joué paisiblement une heure, il a gagné, ce qui était prévisible. Pendant qu’il défaisait les pierres avant de reprendre la partie pierre après pierre pour commenter chaque coup, il me dit qu’il trouvait ma manière de jouer particulièrement violente ce soir, comme à mes débuts. Il me demanda si j’avais de gros soucis. A croire que mon pressentiment était devenu trouble. Ses commentaires prirent encore une petite heure, la mémoire me revenait. Nous nous sommes arrêtés pour parler un peu, nous raconter nos tranches de vie. Un joueur perplexe vint nous interrompre, il voulait des éclaircissements sur un coup qu’il avait envie de jouer et que son partenaire contestait. Jean-Louis se leva pour le suivre. J’en profitais pour glisser mon regard dans la pièce d’à-côté. Le billard était résolument un sport d’homme, du moins ce jour-là. D’hommes et de fumeurs, un peu comme le Go.

Près de moi une partie se terminait. Les deux joueurs arboraient un visage complètement impassible. J’aurais été complètement incapable de dire à leurs traits qui gagnait, qui perdait. Ils composaient au ralenti un ballet autour de la table acajou. Tout d’un coup ils s’arrêtèrent, se saluèrent, s’envoyèrent une tape sur l’épaule et se séparèrent selon un rituel qui me sembla complètement abscons. L’un des joueurs retourna s’asseoir à une table avec d’autres de ses congénères tandis que le second piqua droit sur moi.

Puis-je vous offrir une nouvelle boisson mademoiselle et vous tenir compagnie ?

Nous nous connaissons ?

Non, pas encore mais cela ne tient qu’à vous Mademoiselle Rakwet !

Vous êtes Prajadâ ?

Oui, pour vous servir…

Il éclata de rire, s’inclina profondément devant moi et ajouta malicieusement :

dans mon pays nous avons un proverbe qui dit que sur le chemin vers l’inconnu autant se laisser aller sans pour autant tout laisser faire. Cela vous inspire quoi ?

Que vous êtes un joueur de billard chevronné, un supposé étiologue spécialisé es singes, un sacré insolent quoique poli et je ne serais pas étonnée si vous me disiez que vous êtes également charmeur de serpent !

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24 mai 2008

Marcher

La tête au vent, je fais face à l'horizon. Il se tient près de moi, tout près de moi. Je sens son énergie sur mon flanc droit, pas besoin de mots, je suis dans son souffle, il est dans le mien. Je crois que l'endroit est important pour lui, il me semble que c'est la terre, le ciel et l'eau dont il vient. Je suis très heureuse de partager par le regard cet endroit, son territoire. Et je sais que si je posais mes mains sur les arbres, ils me parleraient de lui, de son enfance, de ses errances, de ses joies, de ses douleurs, et de la beauté du Monde. En venant le rencontrer là, je me rapproche plus près de lui plus que ce que les mots auraient permis. Je plonge mon corps dans son monde, un monde de sensations, avec le chant des feuilles, des oiseaux, le vrombissement des abeilles, le craquement des arbres, le mugissement léger de l'eau, les parfums de terre et d'eau, le miel des tilleuls, et parfois des effluves de bêtes. La caresse du vent sur notre peau. Le goût des fruits cueillis en forêt partagés avec les animaux qui vivent là, eux aussi. Nous regardons tous les deux la forêt qui descend dans l'eau, la terre rencontre l'eau et enfante des arbres. C'est le cycle de vie, sans commencement ni fin qui nous est donné à contempler. Pourtant la lumière reste légèrement blanche, pas aveuglante, non, juste un peu voilée comme si tout ne pouvait pas encore être révélé. Le vent léger qui nous enveloppe à la fois nous unit et nous distingue. Les pieds fichés en terre, les contours du corps redessinés par le vent, je me sens amoureuse et sereine. La vie palpite, et mon coeur à l'unisson.

"On fait d'abord l'amour avec les yeux."
Boris Cyrulnik, De chair et d'âme, 2006


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03 mai 2008

L'homme du lac, Arnaldur Indridason, 2004 (vf 2008)

    Erlendur va réussir à devenir sympathique, à force d'ouvrir la main et d'accepter ses enfants (le come back du fiston c'est dans cet opus là) et son enfance comme ils sont. Mais la partie n'est pas encore jouée.
    Alors dans ce tome, alors qu'il est congés "forcés", il se retrouve mêlé à une enquête curieuse. Un homme est retrouvé au fond d'un lac lesté d'un radio émetteur, semble-t-il, russe, dans tant de 1970 ou quel que chose du genre. Erlendur va pouvoir faire son travail préféré: enquêter sur les disparations des années 70 pour tenter de trouver des brins, pour tenter d'assembler ces brins et recoudre le fil de l'histoire.Celle de cet homme envoyé en profondeur avec un trou dans la tête. Un trou trop grand pour être une balle. Un homme trop lisse pour avoir totalement disparu de toutes les mémoires. Tel un historien, à croiser et recroiser des pistes, à suivre son intuition et sa passion pour une Falcon noire (oui la voiture de Mad max), l'incroyable se produit. Il invite son amie à rester chez lui, à dormir chez lui. Il ouvre , il entrouvre la boite noire de ses sentiments comme il avance dans son enquête. Sans trop parler. Cet inspecteur est un taiseux, et c'est tant mieux !
    Si vous aimez les histoires de contrespionnage très soft, si la Stasi, l'embrigadement sociale de la jeunesse de la fin des années 50 vous intéresse, alors vous trouverez en plus, un fond historique qui vous plaira.
    Si vous aimez les histoires d'amour qui finissent mal aussi !

    Un polar lent, froid, tourmenté, avec des personnages en souffrance qui ont bien du mal à faire face àleurs quesitons, et à s'avouer les réponses...

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06 avril 2008

Disparu en mer, Graham Hurley (2000 vf 2002)

    Selon Michael Connely, l'inspecteur Faraday est une création remarquable... Le ton est donné, c'est donc un roman de procédure, résolu non pas par un super héros mais par un homme, Joe Faraday, avec toutes ses forces de flic, d'homme et de papa et ses faiblesses.

    Une petite fille vainct son appréhension pousse la porte du bureau de police et vient déclarer la disparition de son papa. Ce dont tout le monde se moque éperdument sauf elle, et beaucoup plus tard l'inspecteur Fraday. Justement intrigué par cette petite fille.
    Un grand père savaté à mort, par son fils, fait plonger son petit fils dans les filets d'un flic un peu ripoux, très empressé d'intégrer la brigade des stup' avant de partir en retraite. Paul Winter est un de ces flics, pardon un de ces individus que je n'aimerai jamais, jamais croiser. Qui se soucie des autres comme d'une guigne du moment que lui peut avancer...
    L'inspecteur Faraday est un inspecteur ordinaire sur des crimes ordinaires.Il pourrait faire mieux oui sans doute mais il appuie sur trop de pédales de frein en même temps. Son fils de 22 ans, sourd, est tombé amoureux d'une française et veut vivre là-bas. Déchirure d'un père, veuf, qui a bien du mal à laisser sa progéniture grandir et se déprendre de lui. Joe Faraday est un tenace, avec son fils comme avec ses enquêtes... Il se débat dans son bureau du CID de Portsmouth avec des effectifs malingres et des chefs qui décidément sont humains trop humains.
    Contre vents et marées, Joe Faraday tente de remonter le fil de la disparition du papa de le demoiselle.suivant un instinct qui pressent le meurtre alors qu'il n'a pas l'ombre d'un début de preuve.
        Pas de suspense haletant mais un roman bien écrit, bien mené, des personnages avecun peu d'épaisseur mais pas trop, des fils qui s'emmêlent mais pas trop.Non, vraiment une lecture très plaisante !

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05 avril 2008

L'âme des guerriers, Alan Duff (1990, vf 1996)

    Quand j'ai pris Utu dans les rayons, le libraire chez qui j'étais m'a recommandé ce livre si je m'intéressais aux Maoris, me prévenant bien quand même qu'il était noir de noir...
    L'histoire se déroule dans une sordide banlieue de Nouvelle Zélande. Beth a épousé un paquet de muscles dénommé Jake dont elle est amoureuse et dont elle a un certain nombre d'enfants. Contrairement à nombre de ses voisins, Beth garde sa fierté et élève ses enfants avec une certaine discipline, parce qu'elle ne veut pas les voir errants et livrés à eux-mêmes. Les semaines se passent, toutes identiques, rythmées par les allocations chômage qui tombent et les beuveries du week-end. Beuveries qui commencent au pub et se finissent chez les uns ou les autres. Chez Beth et Jake bien souvent. Et qui se terminent souvent aussi par des coups. Bagarres entre hommes, bagarres ou hurlement entre femmes et coups de Jake porte à Beth quand elle ose se dresser sur sa route.
    Un fils est incarcéré, un autre rêve de rentrer dans le gang des durs de durs, une fille oscille entre son monde et celui des blancs qu'elle voit au bout de sa rue. Tout part à vau l'eau, les rues, les maisons, les vies, les enfants. L'alcool gangrène toute cette petite communauté qui n'a plus ni présent ni futur.
    Un jour, au soir d'un terrible incident, Beth s'insurge. Elle met son mari dehors et commence, avec une patience de fourmi, et un courage incroyable, à tisser du lien, à recréer quelque chose du clan, de la chaleur et du soutien du clan. C'est tout petit mais le bien qu'elle fait aux quelques enfants qui lui font confiance finit par essaimer, contaminer certains adultes qui redressent à leur tour la tête, et s'éloignent de leur comportement autodestructeur. Elle redonne espoir et envie dans ces esprits embrumés par l'alcool et la cigarette.

    C'est très dur sur les relations hommes-femmes de la société traditionnelle maorie, c'est très dur sur les conséquences de la non intégration  des Maoris dans l'économie capitaliste, et sur la violence que cela entraine, c'est très dur sur les relations entre Pakehas et Maoris. Bref c'est très, très, très remuant comme diraient nos ami canadiens.

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01 avril 2008

Le garçon qui ne s'intéressait qu'aux filles, Ellen Willer, 2006

    Félix est un adolescent un peu insupportable centré sur lui, lui et lui. Il a une soeur avec qui il partage un peu le naufrage familiale car pour être absents les parents le sont vraiment. Felix et sa soeur ne sont même plus des enfants à clés. Ils habitent seuls et voient de temps en temps passer les parents...
    Et Félix préfère rêver sa vie plutôt que la vivre. Il rêve ses flirtes, des premiers baisers, ses amantes. Il les rêve mais surtout ne leur parle pas tout au plus réussit-il à les effleurer dans le bus. Il vit bien entendu de merveilleuses histoires dont il est le héros.
    Et évidemment un jour par hasard, la vie lui fait un beau cadeau, il rencontre une fille qui ne répond à aucune de ses critères, sauf qu'il est rudement bien avec elle. Et qu'il découvre le courant alternatif: une ou toutes, toutes ou une mais pas une et toutes... Et sa vie qui s'emballe, qui se trompe, qui va trop vite...

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13 mars 2008

Utu, Caryl Ferey, 2004

Ames sensibles s'abstenir...

Paul Oshborne est un flic qui a décroché, démissionné et quitté son pays. Il est recontacté quelques années plus tard pour reprendre du service parce que son ancien chef se serait suicidé. Spécialiste de l'approche maori, ancien bras doit et ami du suicidé, Paul est chargé de remonter la piste d'un chaman maori sans doute lié à la disparition de son ami. C'est un homme désillusionné, déchu, défoncé à toutes sortes de drogues et attaché à ses dépendances qui pose à nouveau le pied sur le sol d'Auckland en Nouvelle Zélande. A chaque page on redoute qu'il ne s'affale de tout son long pour ne plus jamais se relever tant il se méprise et traite son corps comme un paquet de chiffon. Il mène son enquête sans faire confiance à personne, personne sauf une jeune anglaise légiste (non elle ne s'appelle pas Patricia Cornwell) arrivée là on ne sait trop comment et qui fond littéralement pour les beaux yeux jaunes de Paul qui va l'entrainer malgré lui dans un ballet mortel.
Son enquête tient autant de la descente aux enfers, des nantis bourgeois font la pluie et le beau temps au mépris total des intérêt de la communauté maorie. S'ils semblent lisses en apparence, leurs enfants le sont beaucoup moins et constituent , dans ce polar, le maillon faible de tous les personnages.... Et je n'ai pas encore lu les autres, mais j'ai l'impression que les second rôles sont joués par les voitures, ici c'est une certaine Dodge.

Et dire que mon libraire m'a conseillé de lire L'âme des guerriers d'Alan Duff, "si la question des maoris vous intéresse... me dit il en aller chercher ce livre dans les rayons, mais je vous préviens c'est noir, noir de noir...

Une interview de Caryl Ferey sur le site de Gallimard

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